Nous avons tous besoin de modèles, de personnes qui ont pris le chemin que nous espérons suivre et qui s’en sont sortis vivants épanouis.

Elisabeth Moreno, CEO Lenovo France

Elisabeth Moreno, PDG de Lenovo France, fait partie de ces gens. Lenovo est une entreprise mondiale spécialisée dans la technologie, d’une valeur de 43 milliards et qui constitue aujourd’hui un des leaders du marché du PC. Moreno, une femme noire originaire du Cap Vert qui a immigré en France alors qu’elle n’était encore qu’une enfant, est arrivée au sommet du monde de la haute technologie, secteur au rythme trépidant et à dominante masculine.

Moreno reconnaît que la confiance en soi et la prise de risque ont énormément contribué à sa réussite actuelle : elle cherche donc à transmettre ces qualités à son équipe, sa famille, ainsi qu’à vous et moi. Notre entretien fut un véritable plaisir.

En tant que PDG, mon devoir est de transmettre. C’est ainsi que l’on forme les dirigeants de demain.

« J’ai pris un risque… »

Conseils de Elisabeth Moreno
PDG de Lenovo France

Denise Dampierre (DD) : Bonjour. Entrons tout de suite dans le vif du sujet. Parlez-nous de risques que vous avez pris au cours de votre carrière.

Elisabeth Moreno (EM) : Bonjour. Un risque c’est comme se retrouver au fond d’une piscine : soit vous coulez, soit vous vous mettez à nager. Moi, j’ai décidé de nager.

Alors que je travaillais pour une autre entreprise, j’ai accepté d’être en charge du lancement d’un projet au Maroc : ce fut vraiment un tournant professionnel pour ma carrière. Personne ne croyait que je serais capable de surmonter les différences sociales, raciales et religieuses. Cependant, lorsque vous êtes forcée de reposer uniquement sur vous-même, vous vous découvrez des qualités dont vous n’aviez pas conscience. Je compte ces deux années au Maroc parmi mes meilleures expériences professionnelles.

Un autre risque fut de rejoindre Lenovo. Quand ils m’ont contacté, j’étais dans une zone de confort dans laquelle j’aurais pu rester encore longtemps. Et pourtant… leur projet entrepreneurial m’a fait vibrer. Lenovo, une entreprise chinoise, après avoir travaillé pour un grand groupe français et un grand groupe américain, représentait une opportunité unique d’embrasser l’inconnu tout en capitalisant sur mon expérience de l’international. J’ai pris le risque de vivre une nouvelle aventure.

Ayez confiance en vous. Essayez. Osez. Tombez… et relevez-vous.

DD : J’ai l’impression que la prise de risques fait partie intégrante de votre paradigme de vie. D’où cela vient-il ? Etes-vous née comme ça ?

EM : Enfant, j’avais peur de tout ! J’avais peur de mal faire.  Peur de mal comprendre. Peul de tenter. Et plus je me concentrais sur ma peur, moins j’osais.  J’ai appris à accepter la possibilité de faire des erreurs.

J’ai appris à accepter le risque en relevant des défis : je constatais alors que je parvenais à les surmonter.

Lorsque j’étais confrontée à des situations où en temps normal j’aurais pensé « si cela m’arrive je meurs ! », je m’en sortais. Ces peurs étaient dans ma tête ! Quand j’ai compris que je créais moi-même ces craintes, j’ai énormément travaillé sur moi. Je me suis fais coacher.

La confiance est comme une fleur qui a besoin d’être arrosée tous les jours. C’est un muscle qu’il faut entretenir par des exercices quotidiens.

Une prise de risque réussie donne confiance en soi. Ça entretient l’assurance.

Même si le risque pris ne donne pas les résultats escomptés, on gagne confiance en soi. On apprend de chaque épreuve. Et même lors de tentatives ratées, il y a toujours quelque chose qui marche. Si ça a fonctionné une première fois, il y a de fortes chances que ça marche de nouveau. La prise de risque est le fondement de notre société.

Il faut aussi apprendre à entretenir la confiance en soi. C’est comme une fleur qui a besoin d’être arrosée tous les jours. C’est un muscle qu’il faut entretenir par des exercices quotidiens.

DD : Vous parlez de vous changer. Et pourtant de nombreuses personnes résistent à toute forme de changement et de prise de risques parce qu’elles sont persuadées que le problème vient de l’autre.

EM : On ne voit chez les autres que ce qui résonne en nous, que ce soit positif ou négatif. Tout le monde n’est pas sensible aux mêmes choses. Une personne peut être transportée par un morceau de musique tandis que son voisin, qui n’a aucune oreille musicale, trouvera le bruit simplement désagréable. Une personne sortira d’une conférence extatique tandis qu’une autre dira que c’est nul.

C’est tellement plus facile de croire que le problème vient de l’autre. Les gens ne changent pas contre leur gré. Si vous avez envie de changer, vous changerez. La seule personne sur laquelle vous avez un réel pouvoir, c’est vous-même.

On récolte ce que l’on sème. Semez la haine et la zizanie, vous récolterez la haine et la zizanie. Semez l’amour, vous récolterez l’harmonie.

Je passe beaucoup de temps à transmettre. Il n’existe pas de baguette magique pour changer. Mais je peux être authentique et être un modèle d’authenticité. Quand on est sincère avec les autres, on invite l’authenticité chez l’autre. Tout le monde ressent la sincérité.  La transparence appelle la sincérité dans 50% – non, dans même 80% – des cas.

On récolte ce que l’on sème. En tant que Junior Manager, je pensais qu’il fallait être dur pour réussir. J’ai récolté de la peur et de la méfiance. Puis, j’ai pris le risque de faire confiance à mon équipe. Faire confiance rend extrêmement vulnérable. Quand on fait confiance, on est d’une vulnérabilité extraordinaire.  Ça a tellement bien marché !

La vie est un miroir qui vous renvoie ce que vous lui donnez. Semez la haine, récoltez la haine.  Semez la zizanie, récoltez la zizanie.   Semez l’amour, vous récolterez l’harmonie.

DD : Comment transmettez-vous ce désir de prise de risque à votre équipe, à vos jeunes employés et à vos filles ?

EM : En tant que PDG, mon devoir est de transmettre. C’est ainsi que l’on forme les dirigeants de demain.

Nos jeunes recherchent du sens dans leur vie et au travail. Le sens vient du cœur, et non du cerveau. Il ne faut pas qu’enseigner le savoir-faire, il faut aussi former au savoir être.

Le sens vient du cœur, et non du cerveau.

Pour créer des expériences enrichissantes, il faut savoir accepter sa vulnérabilité. Aujourd’hui en France, l’éducation est tellement centrée sur l’intellect que l’on se retrouve déconnecté de notre humanité. C’est dommage. J’aimerais que nos jeunes aient plus l’opportunité de mettre les mains dans l’eau et dans la terre pour mieux sentir les choses. Les parents sont obnubilés par la réussite scolaire de leurs enfants.  Ils sont des gamins, pas des machines à concours. Les parents réagissent par la peur.

C’est compréhensible : nous voulons tous protéger nos enfants et faire au mieux.

Et pourtant, nos enfants confronteront, et doivent confronter, leurs propres angoisses. C’est ainsi qu’ils seront prêts à prendre des risques et qu’ils pourront réussir dans la vie.

Pendant longtemps, on nous a appris que les leaders devaient diriger avec leur intellect. Le raisonnement doit prévaloir. J’ai appris que le leadership repose également sur le cœur. En tant que parents, nous devons utiliser notre intelligence pour connecter avec nos émotions et pour aider nos enfants à connecter avec les leurs.

DD : Que voulez-vous inculquer à vos employés et à vos filles au sujet du risque ?

EM : Je veux que mes filles, et n’importe qui d’autre, osent prendre des risques.

Le risque n’évite pas le danger. La peur du risque n’empêchera pas les mauvaises choses de nous arriver, à vous ou à moi. En fait, c’est une bonne chose de reconnaître le caractère risqué d’une situation.  Vous éviterez de tomber d’une falaise ou de mettre votre vie en danger.

Ce sont nos peurs qui sont souvent exagérées. Ce qui arrive est souvent moins grave que ce que nous imaginions.

Je veux que mes filles se fassent confiance. Je veux les laisser essayer. Les laisser oser. Il faut que les enfants puissent accepter de se tromper. Ils mettront un genou à terre… et finiront par se relever.

Je veux que mes filles et mes jeunes employés sachent à quel point ils sont magnifiques et qu’ils embrassent cette vie.

Trop de gens aujourd’hui n’osent plus prendre de risques. S’ils ne réussissent pas du premier coup, ils ont honte.

Si vous ou moi, nous ne prenons pas de risques, nous maintenons peut-être le danger à distance mais nous oublions surtout de vivre. Nous finissons comme des mort-vivants : vivants biologiquement mais sans vie intérieure.

Plus vous prenez de risques, plus la vie vous ouvre ses bras. Ça n’a pas besoin d’être un grand risque, même les petits risques peuvent apporter des opportunités fantastiques.

DD : Y a-t-il des risques que vous n’avez pas pris et que vous auriez souhaité prendre ?

EM : Rire. Non. Bien sûr, il doit y en avoir. Cependant, je ne mène pas ma vie en regardant en arrière, à nourrir des regrets.  Tant que je suis en vie, je peux toujours prendre ces risques.

DD : Merci.

 

Merci

Elisabeth Moreno nous a donné de quoi réfléchir. Puissions-nous nous en inspirer avec sagesse.

  • Faire table rase des peurs qui sont dans nos têtes
  • Oser et apprendre
  • Nourrir notre confiance en nous au quotidien
  • Diriger avec humanité

Restez à l’écoute !  Prochaînement, je partagerai des exercices pour mettre en pratique ces conseils.

P.S J’écris actuellement depuis mon PC Lenovo orange. Mon mari me l’a conseillé pour ses qualités techniques et son rapport qualité-prix. Je suis tombée amoureuse de la couleur : cela me rend heureuse de me mettre à travailler.

Cover photo by Sammie Vasquez from Unsplash
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